MARAIS (LE)


MARAIS (LE)
MARAIS (LE)

MARAIS LE, quartier parisien

L’ancien lit de la Seine avait délimité une zone de marais, de terrains mous qui avaient longtemps découragé toute construction jusqu’à ce que les Templiers y établissent, vers le milieu du XIIe siècle, leur maison de campagne, englobant dans leur domaine les anciens marais qui s’étendaient jusqu’au nord de l’actuelle place des Vosges (marais du Temple, bientôt mis en culture par leurs soins). Pendant tout l’Ancien Régime, «le Temple» ou «le Marais», désignera ce quartier bien que, dans l’usage courant, le nom de Marais s’applique déjà à une zone plus étendue, moins importante cependant que l’actuelle délimitation: l’ensemble des quartiers historiques de l’Est parisien sur la rive droite de la Seine.

La construction, en 1356, d’une nouvelle enceinte, renforcée de portes fortifiées (dont la bastille Saint-Antoine, qui seule gardera son nom de Bastille), témoigne du désir royal d’englober une nouvelle zone dans le territoire parisien. Le futur Charles V, encore dauphin et fuyant le palais de la Cité, décide en 1364 de se faire bâtir un hôtel à l’écart du centre de la ville. Ce choix allait décider de la vocation aristocratique d’un quartier aux habitations encore rares et clairsemées. L’hôtel Saint-Pol (détruit), déjà célébré pour le luxe raffiné que lui apportait le roi et pour la splendeur de ses jardins et de sa ménagerie, sera mieux qu’une «demeure d’esbattement», un centre artistique, de fêtes et de plaisirs. De retour à Paris, Charles VII lui préférera cependant l’hôtel des Tournelles à l’emplacement de l’actuelle place des Vosges, ancien hôtel d’Orgemont, somptueusement aménagé et prolongé d’un vaste parc. C’est là que Henri II, victime d’un tournoi fatal, rendra le dernier soupir, et ce tragique événement décidera du sort du Marais. Catherine de Médicis, superstitieuse et vindicative, avait maudit ces lieux, témoins de son malheur, et Charles IX, son fils, exécutera le vœu de sa mère en faisant raser l’hôtel des Tournelles. De vastes espaces se trouvent libérés pour l’installation de riches familles et pour que s’opère une ambitieuse opération d’urbanisme. Outre les hôtels royaux disparus, de magnifiques demeures s’élevaient sur ces terrains assainis; quelques rares vestiges témoignent médiocrement de la splendeur médiévale déclinante: l’hôtel (des archevêques) de Sens, la tourelle en encorbellement de l’hôtel d’Herouët et le portail de l’hôtel de Clisson, incorporé dans les flancs de l’hôtel de Soubise. Le quartier est quadrillé en îlots par de larges rues droites, se coupant à angles droits et fort larges pour l’époque. La rue Saint-Antoine passait alors pour une avenue grandiose.

Dans la seconde moitié du XVIe siècle, plusieurs grands hôtels dont l’hôtel Carnavalet et l’hôtel Lamoignon seront construits. Mais le XVIIe siècle fut l’âge d’or du Marais. Le lotissement de l’hôtel des Tournelles permit la construction de la place des Vosges. Des églises se construisent: Saint-Gervais (portail), chapelle de la Visitation (Mansart), Saint-Paul-Saint-Louis (Derand), etc. Le Marais est un quartier très recherché où les personnages en vue veulent avoir leur hôtel. Ainsi s’élèvent, entre autres, les hôtels Amelot de Bisseuil, de Guénégaud (Mansart), d’Aumont, de Sully, Aubert de Fontenay, etc. Le principe de l’hôtel entre cour et jardin s’épanouit de brillante façon.

Au début du XVIIIe siècle des hôtels fastueux et fidèles à l’esprit classique sont encore édifiés comme les deux hôtels aux jardins contigus, de Rohan et de Soubise, ce dernier œuvre de Boffrand, véritable palais par l’ampleur de son corps de logis principal et de sa cour cernée d’un portique à colonnes monumental. La décoration intérieure de l’appartement de la princesse de Soubise (en particulier le salon ovale qui a été restauré) offre un magnifique exemple du style rocaille d’époque Louis XV (décoré par Boucher, Van Loo, Charles Natoire, Jean Restout, Charles Trémolières), tandis que Les Chevaux du soleil de Robert Le Lorrain, placés au-dessus de l’entrée des écuries de l’hôtel voisin de Rohan, apportent à la sculpture en léger relief le chef-d’œuvre de ce style éphémère. Depuis 1808, l’hôtel de Soubise abrite les Archives nationales. Pourtant, cet admirable ensemble princier ne peut éviter la désaffection de ce quartier qu’abandonnent déjà la haute bourgeoisie de robe triomphante et l’aristocratie, encore prodigue, pour la vogue nouvelle de deux quartiers des faubourgs de l’ouest: le faubourg Saint-Germain et le faubourg Saint-Honoré où s’élèvent désormais les nouvelles demeures sur des terrains libres, affirmant de façon irréversible la poussée de Paris vers l’ouest. La Révolution précipite le déclin du Marais. Les hôtels abandonnés se peuplent de petites gens, de boutiquiers, de «petits métiers», relayés au XIXe siècle par les fabriques, un artisanat semi-industrialisé. Ce quartier de Paris à la plus forte densité devient aussi populeux que populaire: cours et jardins disparaissent sous les appentis, les ateliers et les verrières et abritent les mesquineries et les misères cachées des personnages de Balzac et d’Eugène Sue (ou de Georges Simenon). Après une déchéance de plus de deux siècles, le Marais se trouve ranimé aujourd’hui par d’importants travaux de restauration de nombreux hôtels (Lamoignon, Aumont, Sully, Sens, Guénégaud), par l’installation d’artistes, d’antiquaires et la création de musées (musée Carnavalet, musée Picasso) qui en font un quartier privilégié de Paris.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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